Véhicules de transport en commun à Guiglo: alerte sur des assurances inadaptées. Une opération de contrôle menée par le Fonds de Garantie Automobile (FGA) a mis en lumière un problème majeur dans le secteur des transports en commun à Guiglo, dans la région du Cavally (Ouest ivoirien). Plusieurs véhicules circulent avec des attestations d’assurance non conformes à leur usage, exposant usagers, conducteurs et assureurs à de graves risques.
Une mission de contrôle révélatrice
Le mardi 10 mars 2026, une équipe du FGA, en collaboration avec le Pool TV-CI (Pool des assureurs risques divers/automobiles), a procédé à des vérifications sur le terrain. Les résultats sont éloquents : de nombreux bus et minicars destinés au transport public de voyageurs ne disposent que d’attestations d’assurance de type « promenade et affaires ». Ce type de police, adapté aux véhicules privés, ne couvre pas les risques inhérents au transport rémunéré de passagers.
Koffi Brou, chef du service de la production, du contrôle et des statistiques du FGA, a expliqué lors de l’opération : « Nous avons constaté que plusieurs véhicules de transport en commun dans cette ville ne disposent que d’attestations d’assurance promenade et affaires. Ce type de couverture n’est pas adapté aux véhicules affectés au transport public de voyageurs. »
Cette non-conformité viole directement la loi relative à l’obligation d’assurance en Côte d’Ivoire, qui impose une couverture spécifique pour les activités professionnelles comme le transport public.
Les conséquences d’une assurance inadéquate
Cette pratique irrégulière n’est pas anodine. Elle constitue une violation flagrante de la réglementation et génère un manque à gagner important pour les compagnies d’assurance, le FGA et le Pool TV-CI. En cas d’accident, les victimes – souvent des passagers vulnérables – risquent de ne pas être indemnisées correctement, car la police « promenade et affaires » exclut les responsabilités liées au transport payant.
Le FGA, créé pour indemniser les victimes d’accidents impliquant des véhicules non assurés ou mal assurés sur l’ensemble du territoire national, voit ses ressources sollicitées au-delà du raisonnable. Il collabore avec le Pool TV-CI et les établissements sanitaires publics pour assurer une prise en charge médicale gratuite et des indemnisations rapides. Cependant, les assurances inadaptées compliquent ces missions et augmentent les coûts pour l’ensemble du secteur.
À l’échelle nationale, ce phénomène n’est pas isolé. À Bouna, par exemple, une opération similaire ciblant les motos-taxis a révélé un non-respect massif de l’obligation d’assurance responsabilité civile, inscrite dans le Code des assurances ivoirien (loi n° 98-511 du 22 octobre 1998, modifiée). Le FGA y est submergé par les demandes d’indemnisation, inaugurant même un bureau à Dimbokro pour accélérer les procédures.
Pourquoi cette dérive dans le transport en commun ?
Les propriétaires de véhicules et les syndicats du secteur invoquent souvent des motifs économiques. Les primes d’assurance adaptées au transport public de voyageurs sont perçues comme trop élevées par rapport aux revenus générés, surtout dans un contexte de concurrence féroce et de routes dégradées dans l’Ouest ivoirien. À Guiglo, ville frontalière dynamique mais économiquement fragile, les opérateurs préfèrent minimiser les coûts en optant pour des polices bon marché.
Pourtant, les assureurs proposent des produits spécifiques et accessibles. Par exemple, une assurance RC Pro pour véhicules de transport public couvre les dommages tiers, le conducteur, les passagers et offre une assistance 24/7. Les primes, bien que plus élevées qu’une assurance basique (environ 50 000 à 100 000 FCFA par an selon le tonnage et le nombre de places), sont fractionnables et adaptées aux réalités locales. Des compagnies comme Allianz Côte d’Ivoire, NSIA Assurances ou SUNU Assurances mettent en avant ces offres, avec des coûts mensuels inférieurs à 10 000 FCFA pour un minicar standard.
Le manque de sensibilisation joue également un rôle clé. Beaucoup d’opérateurs ignorent les spécificités des contrats d’assurance, confondant usage privé et professionnel. Les syndicats, censés veiller aux intérêts des transporteurs, peinent à imposer des standards minimaux.
Les sanctions et la sensibilisation au cœur de la mission
Au-delà du contrôle, l’opération à Guiglo visait la sensibilisation. Les responsables du FGA ont exhorté les propriétaires et syndicats à se doter d’attestations adaptées, sous peine de pénalités. « Tout automobiliste qui enfreint cette loi s’expose à des pénalités et peut être poursuivi conformément à la réglementation en vigueur », a rappelé M. Brou.
En Côte d’Ivoire, les infractions à l’obligation d’assurance sont punies d’amendes allant de 100 000 à 500 000 FCFA, de confiscation du véhicule et même d’emprisonnement en cas de récidive (article 23 de la loi n° 98-511). Les autorités routières, comme la CEI (Compagnie Express de l’Intérieur) ou les préfets, mènent régulièrement des opérations conjointes avec le FGA pour faire respecter ces règles.
Cette démarche s’inscrit dans une dynamique nationale de prévention des sinistres et de renforcement de la sécurité routière. Le FGA, sous la tutelle du ministère de l’Économie et des Finances, multiplie les missions de ce type pour promouvoir le respect effectif de la loi.
Le rôle pivotal du FGA dans l’écosystème assurantiel
Rappelons les missions fondamentales du Fonds de Garantie Automobile. Créé par décret en 1999, il intervient comme filet de sécurité pour les victimes d’accidents causés par des véhicules non assurés ou insolvables. En 2025, il a traité plus de 15 000 dossiers, déboursant environ 5 milliards FCFA en indemnisations et prises en charge médicales – un chiffre en hausse de 20 % par rapport à 2024, en partie dû aux véhicules mal assurés.
Sa collaboration avec le Pool TV-CI est essentielle : ce pool mutualise les risques automobiles auprès des assureurs privés, garantissant une couverture homogène. Ensemble, ils forment un rempart contre l’insécurité routière, responsable de plus de 1 000 morts par an en Côte d’Ivoire selon les statistiques de la Police nationale.
Vers une professionnalisation du secteur des transports
Pour éradiquer ce fléau, plusieurs mesures s’imposent. D’abord, intensifier les contrôles inopinés dans les gares routières et sur les axes principaux, comme à Guiglo-Abidjan ou Guiglo-Man. Ensuite, vulgariser les assurances adaptées via des campagnes de sensibilisation menées par les assureurs et les associations de transporteurs. Les syndicats pourraient négocier des tarifs groupés auprès des compagnies, rendant les polices plus attractives.
Le gouvernement pourrait aussi subventionner les primes pour les petits opérateurs, à l’image des initiatives pour les motos-taxis à Bouna. Enfin, digitaliser les attestations via une plateforme nationale (comme le portail e-assurance en cours de déploiement) permettrait des vérifications en temps réel par les forces de l’ordre.
Un appel à la responsabilité collective
Les usagers de la route ont leur part: en choisissant des transporteurs assurés, ils forcent le secteur à se conformer. Vérifiez toujours la vignette d’assurance à l’embarquement – elle doit préciser « transport public de voyageurs ».
À Guiglo et ailleurs, cette affaire rappelle que l’assurance n’est pas une contrainte, mais une protection vitale. En respectant la loi, les transporteurs sécurisent leurs affaires, protègent leurs clients et contribuent à un secteur plus viable. Le FGA continuera ses missions: la prochaine pourrait viser votre ville.
225assurances – Le site d’information N°1 de l’Assurance en Côte d’Ivoire et en Afrique – 13 mars 2026

