Manzi Re : Le Groupe NSIA lance sa captive de réassurance et renforce sa présence en Afrique. Le Groupe NSIA, leader ivoirien du secteur, marque un tournant stratégique avec le lancement de Manzi Re, sa propre société de réassurance. Agréée par la Commission Régionale de Contrôle des Assurances (CRCA), cette captive vise à booster la rétention des risques et à réduire la dépendance aux réassureurs internationaux. Annoncée le 9 janvier 2026, cette initiative illustre la maturité du groupe et son ambition panafricaine.
Le Groupe NSIA : Un géant de l’assurance africaine
Fondé en Côte d’Ivoire, le Groupe NSIA s’est imposé comme un acteur incontournable de l’assurance en Afrique francophone, et au-delà. Présent dans 12 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, dont le Ghana et le Nigéria, le groupe regroupe désormais 19 filiales sous l’entité NSIA Holding Assurances. Avec une expertise couvrant l’assurance vie, non-vie, santé et autres segments, NSIA domine le marché grâce à son réseau étendu et sa solide capitalisation.
Le secteur de l’assurance en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest connaît une croissance soutenue, malgré un faible taux de pénétration – souvent inférieur à 3% du PIB, contre plus de 10% dans les pays développés. Les défis incluent les risques climatiques, sanitaires et économiques croissants, qui exigent une meilleure gestion des expositions. C’est dans ce contexte que les groupes locaux comme NSIA cherchent à internaliser leurs opérations de réassurance pour gagner en autonomie.
Qu’est-ce qu’une captive de réassurance ?
Une captive de réassurance est une entité créée et contrôlée par un assureur ou un groupe pour couvrir principalement ses propres risques et ceux de ses filiales. Contrairement aux réassureurs traditionnels ouverts à tous, elle priorise les besoins internes, optimisant ainsi les coûts et la rétention des primes sur le continent. Pour NSIA, Manzi Re représente un levier pour maîtriser les risques sur ses opérations multipays, évitant les cessions excessives à des géants internationaux comme Swiss Re ou Munich Re.
Cette stratégie n’est pas isolée. En Afrique, plusieurs acteurs suivent cette voie pour contrer la domination des réassureurs étrangers, qui captent une grande partie des primes. La CRCA, régulateur de la zone CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances, couvrant 14 pays), a approuvé Manzi Re, signalant un encadrement réglementaire favorable à l’innovation locale.
Les objectifs stratégiques de Manzi Re
Le lancement de Manzi Re s’inscrit dans une vision claire: renforcer la solidité financière, la compétitivité et l’autonomie du groupe. En retenant davantage de risques en interne, NSIA optimise ses marges et améliore sa capacité d’underwriting (acceptation de risques). Cela est crucial dans un marché où les catastrophes naturelles, comme les inondations au Sahel ou les cyclones en Afrique de l’Ouest, pèsent lourdement sur les bilans.
De plus, Manzi Re soutiendra l’expansion de NSIA au Ghana et au Nigéria, marchés anglophones en pleine croissance. Rappelons que le Nigeria, avec son économie pétrolière et industrielle, génère des risques élevés nécessitant une réassurance robuste. Cette captive permettra au groupe de proposer des produits adaptés, comme des couvertures pour risques industriels ou catastrophes naturelles, mieux alignés sur les réalités africaines.
Thomas Yebouet aux commandes: Un choix d’expertise
À la tête de Manzi Re, NSIA a nommé Thomas Yebouet, un cadre expérimenté. Ancien Directeur général adjoint et Chief Operating Officer de NSIA Insurance Nigeria, il avait été rappelé en 2023 pour redresser la filiale nigériane. Son parcours inclut un passage à la CIMA (2006-2014) comme Chef Commissaire à la Surveillance des Assurances, supervisant les marchés WAEMU (UEMOA) et CEMAC. Consultant pour NSIA, il a appuyé les filiales ouest et centro-africaines, et occupé le poste de Directeur Contrôle et Conformité du groupe.
Ce profil allie expertise réglementaire, opérationnelle et panafricaine, idéal pour structurer Manzi Re. « Sa mission est de faire de cette captive une pièce maîtresse de notre architecture stratégique », souligne le communiqué de NSIA.
Contexte du marché africain de la réassurance
L’Afrique représente moins de 3% du marché mondial de la réassurance, avec une pénétration assurance faible (1-2% du PIB). Pourtant, les besoins explosent : urbanisation rapide, changements climatiques et pandémies comme le Covid-19 accentuent les risques. La réassurance locale permet de pooler ces risques, d’élargir les capacités et d’adapter les produits – par exemple, micro-assurances agricoles pour les petits exploitants ivoiriens.
En Côte d’Ivoire, leader régional, le secteur pèse environ 200 milliards FCFA de primes annuelles. Des réformateurs comme la CRCA imposent des exigences de solvabilité plus strictes (via Solvabilité II inspirée), poussant les acteurs à se consolider. NSIA, avec un chiffre d’affaires en hausse constante, positionne Manzi Re comme un modèle pour d’autres groupes comme SUNU ou Allianz Afrique.
Impacts sur le secteur en Côte d’Ivoire et en Afrique
Pour les assurés ivoiriens, cela signifie potentiellement des primes plus compétitives et une meilleure couverture. Les PME, souvent sous-assurées, bénéficieront d’une réassurance locale plus agile. Au niveau macro, Manzi Re dope la rétention des capitaux en Afrique, favorisant le développement endogène face à la fuite des devises vers l’Europe.
Cependant, des défis persistent: Manzi Re devra bâtir une réserve technique solide et naviguer les réglementations CIMA. Son succès dépendra de sa capacité à attirer des talents et à diversifier ses portefeuilles au-delà des risques NSIA.
Perspectives et inspirations régionales
Le lancement de Manzi Re pourrait inspirer d’autres acteurs. Au Mali et en Guinée, NSIA remanie déjà ses directions pour aligner sur cette stratégie. Panafricain, il encourage une réassurance continentale, alignée sur l’Agenda 2063 de l’Union Africaine pour l’intégration financière.
En conclusion, Manzi Re n’est pas qu’une captive : c’est un pari sur l’avenir de l’assurance africaine. NSIA démontre que l’innovation locale peut défier les géants mondiaux, renforçant la résilience du secteur face aux incertitudes. Reste à suivre ses premiers résultats pour mesurer l’impact concret.
225assurances – Le site d’information N°1 de l’Assurance en Côte d’Ivoire et en Afrique – 17 janvier 2026
