Directeur Général de Wafa Assurance Vie Côte d’Ivoire, Guy LAWSON-BODY livre sa vision de l’assurance de demain au micro de 225assurances. Entre inclusion, innovation et ancrage local, il plaide pour un modèle d’assurance africain, fondé sur les besoins concrets des populations et sur une responsabilité sociale forte.
225assurances: Quelle approche recommandez-vous pour développer les produits d’assurance de demain en Afrique?
Guy Lawson-Body: De mon point de vue,la conception des produits doit être le fruit d’une approche « bottom-up », c’est-à-dire qui part des besoins concrets des populations, avant d’aboutir aux pourtours de l’offre.
Par exemple, en Afrique subsaharienne les obsèques sont en général souvent très coûteuses (contrairement à l’Europe) compte tenu de nos habitudes culturelles. Et pourtant, vrai paradoxe, les assurances-décès et assurances obsèques restent encore peu souscrites. Et lorsqu’en cas de décès la solidarité familiale fait défaut, certaines familles sont obligées de s’endetter.
En cas de malheur, « à qui veut on léguer ses biens, à quel coût, qu’arrivera-t-il à nos chers proches et pourront ils vivre décemment, ? » …autant d’inquiétudes et questions contemporaines auxquelles l’assurance apporte des réponses concrètes. À nous d’avoir une vision à 360°, en lien avec les réalités sociales et les nouveaux modes de vie, (les familles monoparentales, recomposées etc.) pour prendre les décisions idoines. A nous de continuer à « éduquer, sensibiliser, accompagner » nos populations.
225assurances: Wafa Assurance se positionne comme un acteur de changement, au carrefour de l’économie, de l’innovation et de l’impact social. Que signifie pour vous « être utile » dans ce contexte ?
Guy Lawson-Body: Pour moi, être utile c’est être une référence pour ses clients, ses partenaires et ses collaborateurs. Être une entreprise connue et reconnue pour son sérieux, pour sa capacité à tenir ses engagements, à payer les sinistres à temps pour accompagner les familles lorsqu’elles en ont le plus besoin..
Notre rôle économique et social en tant que Compagnie de référence est clair : Il s’agit de créer des offres adaptées, permettant de collecter des primes qui seront à leur tour investies dans l’économie locale dans des projets infrastructurels et durables. Nous devons être une vitrine du Groupe, mais aussi un acteur local crédible et fiable.
225assurances: Quand vous regardez l’évolution du continent africain, de la jeunesse ivoirienne ou des dynamiques régionales, quel regard portez-vous sur l’avenir ? Qu’est-ce qui vous rend optimiste ?
Guy Lawson-Body: Je suis fondamentalement optimiste. L’Afrique a tout :
- une démographie vertueuse estimée en 2022 à 1,4 milliards d’âmes, et composée d’une population jeune, nombreuse et source d’opportunités pour le développement économique et social, pour peu que les défis liés à l’Education, la Santé et l’Emploi continuent d’être maîtrisés
- des ressources minières sans précédent
- un secteur primaire à fort potentiel avec aussi des défis organisationnels et climatiques.
De plus, les mentalités évoluent et se transforment ; les cadres formés à l’étranger rentrent de plus en plus pour se mettre au service de leurs pays, leur continent. Enfin certains pays africains (le Maroc, la Côte d’Ivoire et d’autres) offrent aujourd’hui de vraies alternatives de qualité à l’expatriation estudiantine vers l’Europe, les USA.
Au total, nous avons les talents, les ressources, et les outils.
225assurances: Quel regard portez-vous sur la trajectoire de transformation du pays ces dernières années, et en quoi cela influence-t-il votre manière de penser l’assurance de demain en Côte d’Ivoire ?
Guy Lawson-Body: La transformation est en effet rapide et les signes de ces évolutions sont visibles s’accélèrent à la faveur des grands projets structurels du pays…
Face à cela nos populations sont de plus en plus exigeantes et mieux informées, même si une certaine frange reste ancrée dans les réalités traditionnelles subsahariennes.
Les habitudes de consommation « modernes », côtoient voire prennent le pas sur les pratiques plus anciennes. La digitalisation des services (financiers, prestations et paiements) devient la règle et la distribution des produits, y compris l’assurance est largement impactée.
De mon point de vue, l’assurance doit être capable de réaliser ce « grand écart » : répondre aux besoins des plus aisés mais aussi des plus modestes, faire face tant aux risques « historiques et traditionnels » qu’à ceux émergents, et accélérer le développement de la distribution digitale de bout en bout (qui sera certainement impactée par l’Intelligence Artificielle), tout conservant et optimisant les réseaux traditionnels.
Enfin, s’agissant du marché de l’assurance Vie, le conseil devrait prendre une place de choix avec une mutation progressive de la démarche commerciale passant de « l’approche produit » à « l’approche-besoins », puis « l’approche patrimoniale » qui s’appuie sur l’analyse de l’ensemble du patrimoine, avant la formulation des prescriptions. Sur ce dernier point, la demande existe et évolue de jour en jour.
Portée par les investissements en matière d’innovation, et guidée par l’impérieuse nécessité d’allier rentabilité et inclusion des « exclus » de l’assurance, l’assurance de demain se développera aussi dans le respect d’une réglementation de l’assurance évolutive fixée par la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurance (CIMA) et ses différents organes.
Le défi est de taille.
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225assurances – Le site d’information N°1 de l’Assurance en Côte d’Ivoire 22 novembre 2025

