Opération de contrôle des assurances motos-taxis à Bouna: une mesure salutaire pour la sécurité routière en Côte d’Ivoire. Les motos-taxis pullulent sur les routes ivoiriennes, souvent sans assurance adéquate. Le préfet de la région du Bounkani, Yacouba Doumbia, vient d’annoncer une vaste opération de contrôle ciblée sur l’assurance de ces véhicules à Bouna. Cette initiative, révélée le 18 février dernier, marque un tournant dans la régulation du secteur des deux-roues motorisés, un pilier informel de la mobilité urbaine et rurale en Côte d’Ivoire.
Le contexte : motos-taxis, un secteur en pleine expansion mais mal encadré
Les motos-taxis, communément appelés ‘gbakas’ ou ‘wôrô-wôrô’ dans certaines régions, représentent une alternative économique et rapide aux transports en commun traditionnels. À Bouna, localisée dans le nord-est du pays, au cœur de la région du Bounkani, ces engins sont indispensables pour les déplacements quotidiens des populations, surtout dans les zones rurales où les infrastructures routières restent limitées. Cependant, ce boom s’accompagne d’un non-respect flagrant des obligations assurantielles.
Selon des estimations du ministère des Transports, plus de 80% des motos-taxis en circulation en Côte d’Ivoire opèrent sans assurance valide. Cette réalité expose les usagers, les piétons et les autres automobilistes à des risques majeurs en cas d’accident. Les statistiques de la police routière font état de milliers d’accidents impliquant des deux-roues chaque année, avec des conséquences dramatiques: blessés graves, invalidités et décès. L’absence d’assurance aggrave ces drames, car les victimes se retrouvent souvent sans recours financier pour leurs soins ou indemnisations.
L’obligation d’assurance responsabilité civile est inscrite dans le Code des assurances ivoirien (loi n° 98-511 du 22 octobre 1998, modifiée). Toute moto immatriculée doit être couverte au minimum par une assurance tiers, couvrant les dommages causés à autrui. Pourtant, le faible coût d’une prime annuelle (environ 20 000 à 30 000 FCFA pour une moto-taxi) n’empêche pas les opérateurs informels de l’ignorer, par manque de sensibilisation ou pour maximiser leurs maigres revenus.
L’annonce du préfet : une opération ‘imminente’ et musclée
Lors d’une rencontre avec les responsables des motos-taxis et les acteurs locaux, le préfet Yacouba Doumbia n’a pas mâché ses mots. ‘Nous allons procéder à un contrôle imminent de l’assurance des motos-taxis’, a-t-il déclaré, soulignant que cette mesure vise à ‘mettre de l’ordre dans ce secteur anarchique’. L’opération impliquera les forces de l’ordre, les agents de la police de la circulation et les contrôleurs des assurances, sous la supervision des autorités préfectorales.
Les motos-taxis pris sans assurance s’exposeront à des sanctions sévères : immobilisation du véhicule, amende pouvant atteindre 500 000 FCFA, et confiscation en cas de récidive. Le préfet a insisté sur le caractère pédagogique de l’initiative : ‘Il s’agit d’abord de sensibiliser, mais la tolérance zéro s’appliquera ensuite’. Cette approche graduelle est saluée par les professionnels de l’assurance, qui y voient une opportunité de booster les souscriptions.
Bouna n’est pas un cas isolé. Des opérations similaires ont été menées par le passé à Abidjan, Bouaké et San-Pédro, avec des résultats mitigés. En 2023, une campagne nationale avait permis de contrôler plus de 5 000 motos, aboutissant à 2 000 verbalisations. Mais le taux de récidive reste élevé, faute de suivi.
Pourquoi l’assurance est cruciale pour les motos-taxis ?
L’assurance n’est pas une contrainte bureaucratique, mais un filet de sécurité essentiel. Prenons l’exemple d’un accident typique: un motos-taxi heurte un piéton à Bouna. Sans assurance, le chauffeur doit payer de sa poche les frais médicaux, qui peuvent s’élever à des millions de FCFA. Le Fonds de Garantie Automobile (FGA), créé pour indemniser les victimes d’accidents impliquant des véhicules non assurés, est submergé. Récemment, le FGA a inauguré un bureau à Dimbokro pour accélérer les prises en charge, mais ses ressources sont limitées.
Pour les motos-taxis, une assurance spécifique existe: la RC Pro Deux-Roues, couvrant non seulement les dommages tiers mais aussi le conducteur et les passagers. Des compagnies comme Allianz Côte d’Ivoire, NSIA Assurances ou SUNU Assurances proposent des contrats adaptés, avec primes fractionnables et assistance 24/7. Le coût modeste – souvent moins de 3 000 FCFA par mois – rend cette protection accessible, même pour un opérateur informel gagnant 5 000 FCFA par course.
De plus, l’assurance légitime le métier. Avec la formalisation progressive des taxis-motos via des coopératives (comme l’opération ‘Ivoire Taxi’ en 2017), les opérateurs assurés bénéficient d’avantages: accès à des crédits pour renouveler leur flotte, formation à la sécurité routière et intégration dans les plans de transport national.
Impacts attendus: sécurité renforcée et dynamisme économique
Cette opération à Bouna pourrait servir de modèle. À court terme, elle réduira les accidents non assurés, allégeant la charge sur les hôpitaux publics. À Bouna, où les routes poussiéreuses et les nids-de-poule multiplient les risques, cela sauvera des vies. Les compagnies d’assurances anticipent une hausse de 20-30% des souscriptions dans la région.
Économiquement, un secteur assuré attire les investisseurs. Le gouvernement, via le ministère de l’Intérieur, pousse pour une mobilité durable. Des initiatives comme la sécurisation des fêtes de fin d’année par la police, gendarmerie et FACI montrent une volonté globale de contrôle. Parallèlement, des programmes comme ‘Ivoire Taxi’ ont créé plus de 1 000 emplois à Abidjan et Bouaké, en remettant des taxis modernes aux transporteurs.
Cependant, des défis persistent. La contrefaçon de vignettes d’assurance pullule sur les marchés de Bouna. Les agents de contrôle doivent être formés pour détecter les faux. De plus, la sensibilisation doit aller de pair: ateliers gratuits avec les mutuelles de taxis, partenariats avec les radios locales et incitations fiscales pour les souscripteurs.
Témoignages et réactions du terrain
À Bouna, les réactions sont mitigées. Koffi, un motos-taxi chevronné, confie: ‘On sait que c’est obligatoire, mais avec la vie chère, on repousse. Si le contrôle est juste, on s’y pliera.’ Les assureurs, eux, se réjouissent. ‘C’est une aubaine pour professionnaliser le secteur’, estime un cadre de NSIA Assurances.
Les autorités locales, comme le maire de Minignan dans une région voisine, annoncent des projets structurants incluant la mobilité. À l’échelle nationale, le combat contre l’insécurité routière s’inscrit dans une dynamique plus large, avec des réunions sur la criminalité financière et la sortie de la liste grise du GAFI.
Vers une assurance obligatoire généralisée ?
Cette opération à Bouna pourrait préfigurer une politique nationale. Le gouvernement Ouattara, via des ministres comme Nialé Kaba, met l’accent sur la stabilité et l’intégration. L’assurance routière en fait partie: en 2025, des réformes visent à digitaliser les vignettes via l’application ‘Assurance CI’, facilitant les contrôles.
Les motos-taxis représentent 40% du trafic à Abidjan. Une généralisation des contrôles, couplée à des subventions pour les primes, transformerait le paysage. Des pays comme le Nigeria et le Sénégal l’ont fait avec succès, réduisant les accidents de 25%.
En conclusion, l’initiative du préfet Doumbia est un pas décisif. Elle protège les usagers, professionnalise un secteur vital et renforce l’État de droit. Pour les Ivoiriens, c’est l’assurance d’une route plus sûre. Les motos-taxis de Bouna, à vos vignettes !
